"Trancher" d'Amélie Cordonnier

Genre : Roman

Résumé :
"Des pages et des pages de notes. Tu as noirci des centaines de lignes de ses mots à lui. Pour garder une trace, tenter de les désamorcer, avec le pathétique espoir qu'ils aillent s'incruster ailleurs qu'en toi."
Cela faisait des années qu'elle croyait Aurélien guéri de sa violence, des années que ses paroles lancées comme des couteaux n'avaient plus déchiré leur quotidien. Mais un matin de septembre, devant leurs enfants ahuris, il a rechuté : il l'a de nouveau insultée. Malgré lui, plaide-t-il. Pourra-t-elle encore supporter tout ça ? Elle va avoir quarante ans le 3 janvier. Elle se promet d'avoir décidé pour son anniversaire.

Extrait :
"C'est revenu sans prévenir. C'était un de ces week-ends de septembre que tu préfères. […]
Il est 10 heures, ce matin-là. […] C'est à ce moment-là qu'Aurélien déboule dans la cuisine. Tu remarque l'air agacé qu'il affiche ostensiblement. Il allume la baffle et met la musique à fond. «Mais non, t'exclames-tu en baissant le son, on ne peut pas travailler dans ces conditions.» Alors ça sort, sans prévenir. Personne ne s'y attend. Ni toi ni les enfants, qui se figent instantanément. «Je suis chez moi, quand même, alors ferme ta gueule une bonne fois pour toutes, connasse, si tu veux pas que je la réduise en miettes.» Uppercut. Souffle coupé. Tu baisses la tête sous l'effet du coup."


Mon avis :
Une femme de 39 ans vit avec son mari Aurélien et leurs deux enfants, Vadim (15 ans) et Romane (7 ans). Le couple a traversé une période noire 8 ans plus tôt. Aurélien était violent verbalement avec sa femme : il l'a insultée, rabaissée, dévalorisée. Un jour, elle a réagi et l'a quitté pour ne plus subir tout cela et protéger son fils. Elle s'est sortie de la dépression dans laquelle elle s'était enfoncée, elle a repris confiance en elle et a repris sa vie en main. Elle a finalement donné une deuxième chance à son mari qui consultait alors un psychologue. Durant les années suivantes, Romane est née, la vie a repris un cours normal. Jusqu'à ce jour de septembre où Aurélien l'a insultée de nouveau. La première insulte d'une longue série. Alors, elle se dit qu'elle doit prendre une décision radicale : partir ou rester ? Elle se fixe une date butoir : le 3 janvier, jour de ses quarante ans. Quelle décision prendra-t-elle ? Aurélien réagira-t-il face à cet ultimatum ? Et de quelle manière ?

Durant ce roman, nous suivons une femme (dont nous ne connaissons pas le prénom) qui est victime de violences conjugales verbales. Même s'il n'y a aucun trace physique, c'est tout aussi douloureux et destructeur que des violences physiques. Nous la  découvrons quelques années en arrière, lors des premières injures jusqu'à aujourd'hui. Aussi appelées cruautés mentales, ces violences n'en sont pas moins dévastatrices et saisissantes. A l'époque des premiers déchaînement d'insultes, cette femme a été ravagée par les propos de son mari, qui la traînait plus bas que terre avec des termes peu élogieux. Elle en a tant entendu qu'elle a fini par croire qu'elle n'était rien, qu'elle ne faisait rien de bien. Peu à peu, elle a sombré dans une profonde dépression. Lassée d'être à ce point maltraitée, elle a fini par quitter Aurélien. Quelques mois après, persuadée que les séances chez le psychologue ont soignées son mari, elle accepte de reprendre la vie commune. Pendant sept ans, aucun nuage à l'horizon. Puis, cette première insulte a réinstallé en une fraction de seconde tout le climat d'angoisse qu'elle avait tenté d'oublier.

C'est dans une ambiance pesante et glauque que nous suivons la famille pendant les quelques mois où le couple est en sursis. Nous nous interrogeons également sur le comportement de la femme : comment peut-elle rester et subir à nouveau cela, devant ses enfants ? Pourquoi ne pas réagir plus vite ? Puis, on se rend compte que c'est compliqué dans sa tête : Aurélien peut être attentionné, gentil et partager de bons moments en famille, tout en aidant sa femme à la maison; autant en un instant, il peut dévoiler un tout autre visage et déverser sa haine (venue d'on ne sait où). Ces deux facettes déstabilisent sa femme, puisqu'il aimerait s'en sortir, mais n'y parvient pas toujours. Elle est à l'image de son mari, partagée; entre partir une bonne fois pour toutes ou rester et vivre  avec. Les sentiments que l'on peut avoir pour ces deux adultes sont ambivalents : ils sont admirables par moments, détestables à d'autres.
Il n'empêche que l'on pense aux enfants qui évoluent dans une atmosphère d'insécurité et de frayeur. Ils voient tout et entendent tout, étant donné qu'Aurélien ne se cache jamais d'eux lorsqu'il est violent. On imagine les répercussions que cela peut avoir sur eux : l'image du couple, de l'homme, de la femme. Comment construire sa vie d'adulte au milieu de tout cela ? Ne vont-ils pas reproduire ce qu'ils voient ?   

Ce livre aborde avec soin le thème de la violence conjugale verbale, une forme de maltraitance dans un couple, qui peut avoir de lourdes répercussions. On est immergé dans le quotidien de cette famille, on vit de l'intérieur les événements; on est rapidement captivé et on se demande jusqu'où cela va aller. Le récit, très réaliste, est raconté par une tierce personne qui s'adresse à la femme : est-elle là pour entendre son histoire ? Est-ce un hommage ? Aurélien a-t-il été trop loin ? Ce suspense nous tient en haleine au fil des pages. La plume de l'auteure est fluide, directe et percutante.

Ma note : 3,5/5

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Via Masse Critique - Babelio

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