
Résumé
Si ma mère avait pu être quelqu’un d’autre, elle aurait choisi d’être Thomas Pesquet. Il n’y a que l’espace qui compte pour elle. Les fusées, les étoiles, la vie en apesanteur. Moi, dans tout ça, je n’ai jamais vraiment eu ma place. Au fond, je crois que j’ai toujours su qu’un jour, elle s’éclipserait sans crier gare. Je pensais seulement qu’avant, on aurait le temps d’apprendre à se connaître.
Extrait
"Est-ce que ce pourrait être moi, là, dans ce fauteuil ? Mon corps ; inerte, vidé, abandonné ?
Serait-il possible qu'un jour, je quitte la vie de cette manière, sans que personne s'en aperçoive, sans que personne s'inquiète pour moi, sans que personne me cherche ? Est-ce que je pourrais me trouver à cette même place, des semaines durant, oublié de tous, comme si je n'avais jamais existé, est-ce qu'une telle chose pourrait m'arriver, à moi ?
Il n'existe aucun mot assez fort, assez juste, assez précis pour décrire l'odeur qui règne ici.
Il n'en existe pas non plus pour décrire le désespoir que ce doit être d'achever sa vie dans la solitude la plus complète."
Mon avis
Mère et fille ne se sont jamais vraiment comprises. Il n'y a pas de fautive à désigner, pas de drame à éponger. Alors que la vie semble les éloigner encore davantage, et définitivement, Adélie et Julia vont peut-être devoir communiquer pour la première fois.
Dans ce roman, j'ai fait la connaissance d'Adélie, une femme de 53 ans, divorcée et seule depuis que sa fille unique a quitté son domicile pour voler de ses propres ailes. On sent qu'elle souffre de solitude dans son petit appartement. Julia est partie loin de sa mère, à l'autre bout de la France, une distance nécessaire pour elle, pour vivre et se construire. Mariée et mère de jumelles, elle n'attend rien d'Adélie. Avec des tempéraments différents, on sent que les deux femmes ne se sont jamais comprises, car elles n'ont jamais vraiment communiqué de manière honnête et transparente non plus. Au milieu de cette relation tumultueuse, Jian, le mari de Julia, tente de trouver des solutions, d'apaiser les tensions. Et, personnage inattendu mais plutôt central ici, Thomas Pesquet, le célèbre astronaute, qui a une place prépondérante dans la vie d'Adélie, aussi sujet de discorde avec Julia. Les personnages évoqués sont touchants ; je me suis attachée à eux sans exception.
Ainsi, l'intrigue tourne essentiellement autour de cette relation où les sentiments sont étouffés. Une relation difficile où le silence est d'or. Une relation qui reste en surface. Le malaise existant dans leur relation résulte d'une succession de maladresses, de non-dits dans un but bienveillant, mais qui a un retentissement destructeur. La santé mentale de chacune est fragilisée, à cause des rancœurs persistantes, des malentendus jamais dissipés. Taiseuses, les deux femmes vont vivre une année bouleversante car Adélie découvre qu'elle souffre d'une maladie incurable. Dans une ambiance tendue et triste, j'ai suivi l'évolution de la mère et de la fille. Le décalage entre elles est-il trop important, irréversible ? Pourront-elles se parler, enfin ? Entre flash-back, souvenirs et pensées, j'ai pu mieux cerner les deux femmes. Avec émotion, j'ai pu les suivre durant une année, les accompagner, être un témoin discret de leurs choix et décisions, jusqu'à la fin.
Poignante, cette histoire est très belle, réaliste et chargée en émotions. La maladie d'Adélie n'est pas nommée, mais décrite, suggérée : on comprend assez aisément de quoi il s'agit et ce qui l'attend. En découle une réflexion de son côté : attendre que la mort vienne la cueillir quand elle sera diminuée ? Ou choisir de partir tant qu'elle le peut, avec dignité ? Ce roman questionne alors sur le débat du suicide assisté, l'euthanasie. De manière pudique, il est abordé par le biais d'Adélie. Évidemment, la relation mère-fille est centrale dans ce roman ; notamment la défaillance du rôle de mère, si l'on se place du point de vue de Julia : elle a manqué d'affection, s'est sentie rejetée, presque négligée. Mais du côté d'Adélie, on ne voit pas les choses de la même façon : avec maladresse, ses comportements avaient plutôt pour but de préserver sa fille. En réaction, sa fille s'est protégée à sa manière, ce qui évoque à sa mère un comportement ingrat. Le serpent qui se mange la queue... J'ai aussi aimé le fait qu'Adélie assume qu'elle est une mère, mais avant tout une femme. Elle n'a pas eu peur de vivre pour elle sans placer sa fille au centre de son univers, ce qui a renforcé les quiproquos. La construction du roman est intéressante, il y a 4 parties identifiées au fil de l'année qui correspondent au cheminement de la mère et la fille (un peu comme les étapes du deuil) et l'on navigue entre les points de vue de la mère et la fille. Soignée et délicate, la plume d'Amélie Antoine est plaisante à lire.
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De cette auteure, j'ai aussi lu : Sans elle.
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