"Les secondes volées" d'Aurélien Morin

Résumé 
« Il a tué ma fille. Dix ans après, il revient. Et je l’attends. »
À Montreval, le temps ne guérit rien. Il s’empile.
Dix ans que le nom de Lise Morlaix est gravé dans la pierre claire du cimetière, sous une heure fixe : 17h17. Dix ans que son père, Jean, horloger méticuleux, survit dans sa boutique , un sanctuaire où chaque tic-tac lui rappelle ce qu'il a perdu .
Dix ans qu’Antoine Sorel, l'assassin , le fantôme que tout le village attend sans le dire, a disparu.
Aujourd'hui, Antoine est de retour.
Il ne revient pas en monstre, mais en homme brisé, rongé par la culpabilité . Il revient pour une seule raison : accompagner sa mère mourante dans ses derniers jours. Il s'installe juste en face de la boutique de Jean.
Pour l'horloger, la vengeance n'a pas le visage de la violence. Elle a celui de la précision.

Extrait
"La pierre est claire. Trop claire pour ses dix ans.
Elle a la blancheur obstinée d'un drap qu'on lave encore et encore, en vain, pour effacer une tache invisible.
Sur elle, des lettres droites, froides, immuables :
Lise Morlaix - 1990-2007 
Rien de plus. Pas de "tendre fille", pas de "jamais oubliée". Juste deux dates reliées par un trait sec, comme un fil tendu entre la naissance et la fin, comme une corde raide om il aurait suffi d'un faux pas.
Et, dans l'angle supérieur gauche, un minuscule cadran gravé.
Les aiguilles y sont figées sur une heure unique : 17h17.
Dix ans plus tard, cette heure claque encore comme une gifle.
Le temps qu'il faisait, le vent qui soufflait, l'ombre qui tombait sur la rivière... tout cela s'est effacé, mais l'heure est restée.
17h17. L'instant où tout s'est brisé."

Mon avis
Dans le petit village de Montreval, l'horloger est seul et triste depuis des années ; la perte de sa fille Lise a été un véritable bouleversement. Alors, lorsqu'il aperçoit Antoine, le responsable de sa disparition, revenir, c'est trop difficile à supporter. Il ne peut pas le laisser vivre librement comme si de rien n'était. Durant quelques semaines, une bataille silencieuse et invisible débute. Comment cela finira-t-il ?

Dans ce roman, j'ai fait la connaissance de Jean Morlaix, l'horloger du village qui est désemparé depuis dix ans. Le deuil de sa femme, puis de sa fille est très difficile. Esseulé, il vit mécaniquement, par automatiser, sans but précis autre que de faire fonctionner ses horloges. Sa peine est palpable est touchante. Et l'autre personnage est Antoine, un jeune homme de l'âge de Lise qui est parti depuis la mort de celle-ci. Le dos courbé, il revient pour être aux côtés de sa mère vieillissante. Sans entrain, il semble lui aussi subir sa vie. Il se contente d'être là et de faire le moins de bruit possible. Il est également attachant. Et puis, il y a Lise, une jeune fille étonnante, particulière, solaire et mystérieuse. Elle lie finalement les deux hommes dans leur douleur. 

Concernant l'histoire, elle est pleine d'émotions et source de réflexion. Avec le retour d'Antoine dans le village, Jean se sent révolté et fou de rage. Sa soif de vengeance se réveille, se révèle ; l'envie de se faire justice. Par des gestes, des sabotages, des réflexions, il distille un climat angoissant pour Antoine. Cette "traque" - qui peut se comprendre au départ - met rapidement mal à l'aise. De l'autre côté, le jeune homme prend sur lui, accepte, ignore car il pense mériter cela. Il erre, culpabilise et se sent vide. Son seul but est de prendre soin de sa mère. Et puis un jour, un nouvel événement bouscule les deux hommes et l'affrontement est frontal, brut... nécessaire. Dans cette atmosphère sombre, j'ai suivi le parcours de ces deux hommes durant plusieurs semaines, curieuse de savoir l'issue de cela. J'ai découvert le dénouement avec une certaine satisfaction.

À la fois tendre et dur, ce livre est prenant. Construit en trois actes, j'ai pu me trouver du point de vue de chaque protagoniste avant le final. Appréhender les différents points de vue est indispensable pour comprendre l'autre et ses réactions. Lent et impassible, le récit ne manque pas de faire réfléchir et tient en haleine : qu'est-il arrivé à Lise ? Antoine est-il un monstre ? Jean est-il si innocent ? Tout n'est jamais tout noir ou tout blanc, les causes d'un événement sont parfois bien plus complexes qu'un acte seul. Mais saisir cela nécessite une résilience qu'il est difficile d'atteindre. Le troisième acte apporte un autre éclairage pour le lecteur sur la situation globale. J'ai aussi aimé le prologue et l'épilogue qui sont racontés par un narrateur extérieur ce qui donne l'impression de survoler le village, d'observer certaines scènes de plus près puis d'aller vers une autre. Soignée, la plume d'Aurélien Morin est douce et incisive, j'ai apprécié son style et sa façon de raconter l'histoire.

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