"Obsessions" d'Émilie Chani

Résumé
Et si traquer la vérité réveillait nos propres démons ?
1995. Un corps est retrouvé, soigneusement mis en scène. Rien d'un crime ordinaire. D'autres morts suivent, toutes marquées par des détails troublants.
Pour le commandant Victor Dufresne, l'affaire devient obsessionnelle. Derrière chaque indice, il devine un fil invisible, une histoire ancienne qui remonte à la surface.
Mais à mesure qu'il approche de la vérité, il se heurte à ses propres failles...

Extrait
"Les prières silencieuses de Nina se perdaient dans le vide. Chaque soir, elle suppliait une force invisible : un dieu, un ange, n'importe quoi qui pourrait la sortir de là. Mais il n'y avait jamais de réponse. Seulement les disputes qui fendaient les murs jaunis, les objets lancés, les jurons crachés comme des coups. 
La télévision restait allumée en fond sonore, un vieux poste Grundig que personne ne regardait. Un animateur parlait d'un album de Jean-Jacques Goldman. Sa voix se noya sous celle, plus menaçante, de son père, Arnaud. 
Nina grandissait dans un foyer où l'amour et la peur s'entremêlaient. Son père, homme brisé, portait en lui les séquelles d'une enfance éparpillée entre les familles d'accueil, sans jamais trouver d'ancrage. De ce passé, elle ne connaissait que des bribes, saisies dans les conversations entre sa mère et ses grands-parents. Ils avaient toujours craint Arnaud. Maintes fois, ils avaient exhorté leur fille, Marie, à fuir cet homme instable. Mais elle restait. Toujours. 
Nina oscillait entre l'espoir que sa mère les écoute et la rancœur envers ces grands-parents qui, malgré leurs mises en garde, n'avaient su les protéger."

Mon avis
Au milieu des années 90, plusieurs hommes sont assassinés, une signature qui laisse présager un tueur en série. Le commandant Dufresne se lance dans cette enquête persuadé qu'il faut saisir la logique de la personne pour l'appréhender. Mais son idée rebute ses collègues, il doit fournir des preuves, établir des faits. Alors il cherche, et à force, il finira par trouver un début de réponse... mais tirer le fil de cette pelote va faire resurgir des blessures encore fraiches...

Dans ce roman, j'ai fait la connaissance du policier Victor Dufresne ainsi que ses collègues, notamment Élise Marchand, la commandante divisionnaire. Bien que chamboulé par la perte de sa compagne, Victor tente de maintenir le cap. Visionnaire dans son travail, il est déterminé à aller au bout des enquêtes qu'il mène. En parallèle, j'ai découvert une jeune femme, Nina, qui porte un lourd fardeau. En retraçant son parcours, un lien ténu se tisse avec Victor. Touchante, on a envie de pouvoir lui tendre la main, l'aider pour avancer dans la vie. D'autres personnages gravitent : Arnaud, Thomas, Jimmy, Fredo, Valentine, Lucie... Certains sont mystérieux, ambivalents. 

Concernant l'intrigue, j'ai suivi l'enquête en 1995 où Victor tente de démasquer un tueur en série. Il fait des suppositions mais sans preuve, sans fait réel, ses collègues et responsables ne veulent pas le suivre. Intrépide, il va alors tout faire pour montrer que son hypothèse est bonne. En parallèle, j'ai été témoin de la vie de Nina qui n'a pas eu une enfance facile avec un père violent. Le redoutant, elle a grandit dans la peur et le manque de confiance. Quel impact son père aura-t-il sur elle, sa vie d'adulte ? Fuir sa famille suffira-t-il à la libérer ? Dans une ambiance inquiétante et sombre, j'ai assez rapidement saisi le lien entre son vécu et les investigations. C'est donc sans réelle surprise que j'ai assisté au dénouement qui n'apporte pas de réel rebondissement.

Je ressors un peu déçue de cette lecture car il n'y avait aucun suspense pour moi dans le récit, j'avais deviné dès le départ les conclusions. Le roman gagnerait à tenir le lecteur plus en haleine avec un mystère plus entretenu. Toutefois, j'ai bien aimé suivre Nina, je regrette que la narration la concernant n'ait pas été plus développée et exploitée car sa psychologie était intéressante à découvrir. Aussi, j'ai apprécié plus généralement l'époque durant laquelle se déroule l'histoire (années 80 et 90) : cela permet d'appréhender un scénario sans l'hyper-connexion d'aujourd'hui et de se replonger dans l'atmosphère de cette période. Cela apporte une dose de nostalgie (musique, vêtements), j'ai imaginé un quotidien plus léger, où cela semblait plus simple. Sobre, la plume d'Émilie Chani est plaisante à lire.

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Service Presse
Taurnada