"La botaniste" de Pierre Gaulon

Résumé
À la mort de sa mère, Léa hérite de la vieille maison familiale, retirée au cœur du village d’Ortie.
Entre elles, il ne restait rien, sinon une passion commune pour les plantes.
Peut-être cet héritage sera-t-il l’occasion de réparer le passé.
Mais dès les premiers jours, le malaise s’installe. 
Des pas dans l’escalier, des vertiges, des morts inexplicables.
Hallucinations ? Ou la maison rejette-t-elle simplement celle qui revient après tant d’années ?
À mesure que les souvenirs remontent à la surface, Léa découvre que la froideur de sa mère n’était pas de l’indifférence… mais une attitude destinée à la protéger.
Contre un secret.
Contre la vérité enterrée sous la terre sombre du jardin.
Elle qui savait soigner devra apprendre à tuer.

Extrait
"Avant qu'on ne lui annonce sa mort, Léa n'avait pas eu de nouvelles de sa mère depuis... Combien de temps ?
Elle posa le téléphone sur la table basse, et il glissa sur le bois verni, comme s'il voulait s'échapper.
Dix ans ? Quinze, peut-être ?
Impossible à dire.
Pourtant, face à la nouvelle, Léa ne ressentait rien.
Pas de gorge nouée.
Encore moins de larmes.
Pas même un léger pincement au cœur. 
Seul un grand vide, blanc et froid, semblable à une serre désertée.
Adrien, son compagnon depuis plusieurs années, lui en avait déjà fait la remarque. Toujours sur le ton de la plaisanterie. Mais ses yeux, eux, ne riaient pas.
- Tu me fous les jetons, avait-il soufflé un soir en frottant son avant-bras hérissé de chair de poule, tu ne me racontes pas ton passé, tu me le récites. On dirait une poésie apprise en CE2.
Il n'avait pas tort.
Les souvenirs de son enfance ressemblaient au contenu d'une vieille VHS mal enregistrée."

Mon avis
Alors qu'elle n'avait plus de contact avec sa mère depuis plus de dix ans, Léa apprend sa mort soudaine. Avec son compagnon, elle retourne dans son village d'enfance pour les obsèques et la succession. Désormais propriétaire de la maison aux fleurs, Léa s'y installe avec Adrien. Mais les souvenirs tristes et flous se mélange à une sensation de malaise grandissant. Découvrant les activités de sa mère, Léa tente de faire sa place mais des éléments la troublent et la poussent à chercher des réponses à des questions qu'elle n'avait pas osé se poser...

Dans ce roman, j'ai fait connaissance avec Léa, une jeune femme passionnée par les plantes, tout comme Iris, sa mère. La jeune femme en a fait son métier : botaniste. Si elle semble épanouie avec Adrien, il émane d'elle une certaine mélancolie. Marquée par la mort de son père, elle a aussi été profondément touchée par l'abandon de sa mère juste après. Iris avait fait le choix de l'envoyer en pension et de lui assurer une stabilité financière pour ses études. Elles ne se sont jamais revues, sans jamais se manquer réellement. Léa a une rancœur envers sa mère qui s'effrite au fil des découvertes qu'elle fait dans la maison. Dans le village, Léa renoue avec Violette, l'amie de sa mère ; mais aussi le Dr Rambert, médecin de famille ; tandis qu'Adrien se fait embauché par le fou du village, Lefray. Le jeune homme s'adapte à la vie rurale et se montre bienveillant envers sa compagne. Les parents de Léa sont évoqués dans les souvenirs de la jeune femme ou par des habitants. Une part d'ombre habite certains personnages, il est difficile parfois de se forger une idée claire sur les intentions ou leur sympathie.

Entrainante, l'intrigue est plutôt fine sans violence, principalement faite de frémissements presque imperceptibles qui donnent lieu à une tension diffuse. Lentement, l'histoire s'étire comme la nuit qui tombe laissant place à la noirceur. Comme Léa, j'ai trouvé l'arrivée dans le village anodine, calme et à mesure que la jeune femme pointe des détails plus ou moins importants, la curiosité s'éveille. Une pièce secrète dans la cave lui fait comprendre qu'Iris était bien la sorcière dans un bon sens car elle aidait beaucoup de gens avec ses potions. Les sentiments, parfois contradictoires, de Léa envers sa mère la bouleverse. Elle apprivoise sa nouvelle vie tout en tentant de déceler ce qui l'inquiète et la maintient en alerte constante. Alors que Léa reprend le flambeau, elle fouille dans son passé. Alors, l'ambiance devient oppressante, le malaise est plus dense, s'insinue au fil des pages. Avec des découvertes étonnantes, Léa sent roder le danger et se sent en insécurité. Déterminée et intelligente, elle va pousser ses recherches jusqu'à faire éclater la vérité. Le dénouement répond bien à toutes les questions.

J'ai beaucoup aimé ce roman qui réserve bien des surprises. J'ai été touchée par Léa qui s'est sentie complètement délaissée à l'adolescence. Elle avait fait le choix de couper les ponts avec sa mère, sa seule famille restante. Chamboulée par son retour aux sources, elle est aux prises avec des émotions intenses mais aussi des perturbations inattendues. Léa s'interroge sur tout : le décès de sa mère, la maison trop bien rangée, le laboratoire, sa santé subitement fragile, le comportement de certaines personnes, les insinuations d'autres... Que cache cet impression de calme et d'apaisement ? J'ai trouvé le roman bien construit avec des chapitres courts, dynamiques mais aussi un suspense qui se distille doucement. J'ai bien ressenti la sensation d'étrangeté, d'angoisse s'amplifier. Ce malaise à peine palpable est appréciable, tout comme le scénario qui tient en haleine au fil des découvertes. Agréable, la plume de Pierre Gaulon est soignée et assez réaliste. Les connaissances et descriptions ajoutées au récit le rendent davantage plausible et captivant.

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