"Le bâtiment" de Mehdi Bayad

Résumé
Un soir, un homme quitte Bruxelles et débarque sur une île au large des côtes belges. Il veut s’isoler pour prendre du recul après une violente dispute dans son couple.
Mais le séjour vire à la paranoïa : on l’espionne chez lui, des corps sont retrouvés sur la plage, et d’étranges silhouettes vêtues de jaune rôdent sur l’île. Les insulaires, quant à eux, se taisent dès qu’on évoque le Bâtiment, un centre qui accueillerait des individus « en marge de la société »…
Psychose collective ou complot ? Pour comprendre ce qui se joue sur l’île, l’homme devra cesser de fuir et affronter les véritables raisons qui l’ont conduit jusqu’ici.

Extrait
"Quand j'ai fini par trouver la baraque au fond des bois, le propriétaire n'était pas là pour m'accueillir. Pas un chat. Silence total. Personne pour m'offrir l'habituel sourire automatique ou la poignée de main molle qui, d'aussi loin que je me souvienne, ont toujours constitué l'apanage des rituels de bienvenue dans un logement Airbnb. À la place, une boîte contre le crépi. Un code à taper. Une clef à retirer. J'ai suivi les instructions avec autant d'application qu'un chirurgien plastique : mes doigts ont délicatement pianoté les quatre chiffres du code, la mâchoire du boîtier s'est desserrée, j'ai extrait la clef pour la placer dans la serrure et la porte s'est ouverte avec un cliquetis électronique. J'ai plongé ma tête par l'ouverture. Tout de suite, une odeur de peinture mêlée à du désodorisant senteur vanille m'a piqué le nez. En tâtonnant dans la pénombre, j'ai trouvé l'interrupteur. Un léger crépitement a ronflé, des ampoules au plafond ont clignoté trois fois, puis le décor de mon futur logement s'est révélé à la faveur d'une pâle lumière de bloc opératoire. Appartement sobre. Rectangulaire. Aseptisé"

Mon avis
Souhaitant fuir un quotidien chaotique, un homme se réfugie dans une petite maison louée sur une île où seuls quelques habitants méfiants vivent. La présence d'un vaste bâtiment intrigue l'homme, il assiste à des scènes étonnantes et on lui parle de décès étranges. Que se passe-t-il réellement sur cette île ? Qui est l'homme ? Pourquoi est-il parti de chez lui ?

Dans ce roman, j'ai fait la connaissance de l'homme - son nom n'est pas cité. Fragile, il semble avoir vécu des moments difficiles dans sa vie personnelle très récemment. Marqué, il n'a trouvé que l'isolement et la fuite comme solution. Tourmenté, il est difficile de savoir s'il a toujours les idées claires : voit-il bien la réalité ? Est-on dans une sorte de rêve ? La question reste en suspend... L'homme va rencontrer quelques villageois, notamment l'Adolescente. Froide et agressive, elle lui dit ce qu'il peut faire et lui donne quelques informations sur Le Bâtiment. L'homme croise aussi une femme échappée de ce lieu mystérieux, elle se dit en danger de mort ; et échange avec Le Bègue - un résident du lieu qui lui fait la visite et dédramatise l'endroit. Ambivalents, les personnages sont difficiles à suivre.

Relativement floue, l'intrigue est particulière. J'ai suivi l'homme durant quelques jours de présence sur l'île : découverte du logement - notamment d'une trappe verrouillée dissimulée sous le sol. De là s'échappent quelques bruits. Mais l'homme ne s'en inquiète pas vraiment. Il explore les alentours, aperçoit des personnes étrangement vêtues, une femme qui court pour échapper à ses poursuivants. La rencontre avec l'Adolescente lui permet d'obtenir des éléments mais loin de le repousser, il va aller visiter ce fameux Bâtiment. Dans le même temps, son téléphone reçoit des messages de sa Meilleure Amie de plus en plus alarmant. Loin de la ville, il ignore tout, se conforte dans le brouillard de sa tête, peut-être présent aussi sur l'île. Dans une ambiance sombre et inquiétante, tout s'enchaine, se perd et au milieu de cette confusion, quelques faits paraissent plus concrets, une vérité se dessine et permet de saisir- en partie - le dénouement.

Je ressors un peu perplexe de ma lecture, je n'ai pas vraiment accroché. Si le récit possède un certain dynamisme, l'atmosphère générale donne une impression de lenteur pesante et persistante qui rendait la lecture un peu laborieuse. Pourtant, le fond est intéressant, mais le récit est désordonné et manque de cohérence. En totale immersion avec l'homme, la narration est originale, mais certains passages basculent dans un style théâtral qui, pour moi, n’apporte rien. En résumé, l’ensemble m’a paru confus, brouillon et peu clair, au point que je n’ai pas réussi à suivre et à comprendre toute l’histoire. J'ai apprécié l'idée véhiculée, d'un certaine manière une plongée dans la folie, la maladie, la vision intérieure du mal-être... mais en tout cas, ça ne correspond pas au thriller que j'imaginais lire. La plume de Mehdi Bayad n'est pas désagréable pour autant, même si, pour moi, cela manquait de fluidité.

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