
Résumé
Talia écrit depuis chez elle.
Depuis trop longtemps, peut-être.
Ses journées sont rythmées par les mots qu’elle n’écrit pas toujours, les silences qu’elle apprivoise… et son moka, livré chaque matin à domicile. Dans le quartier, on la surnomme désormais Madame Uber. Elle sourit. Après tout, c’est pratique. Rassurant. Confortable.
Mais à force de tout se faire livrer, Talia a fini par se livrer de moins en moins elle-même.
Quand une routine bien huilée commence à se fissurer — une rencontre, un message, une porte qu’on ose enfin ouvrir — Talia comprend que quelque chose doit changer. Pas tout. Pas d’un coup. Juste un peu. Juste assez pour recommencer à vivre.
Extrait
"À 8h42, Talia commanda son moka.
Elle ne regarda même plus l'écran. Ses doigts savaient seuls où appuyer, comme on sait se brosser les dents dans le noir ou trouver le bord du lit sans allumer la lumière. Un geste sûr, automatique, presque tendu. Deux pressions. Une hésitation minuscule au moment de choisir la taille - moyen, c'est raisonnable - puis l'index glissa, traître, vers la plus grande.
Grand. Toujours plus grand.
Elle valida, et l'application afficha ce petit cercle qui tournait, tournait, tournait... comme si une partie de son cerveau, là-dedans, faisait la même chose depuis des mois.
Commande confirmée.
La phrase avait quelque chose de rassurant, comme une couverture qu'on remonte sous le menton. Un début de journée validé. Une promesse tenue. Une preuve qu'elle était encore capable de faire des choix, même quand tout le reste flottait."
Mon avis
Malgré elle, Talia vit recluse dans son appartement. Aux yeux des autres, elle est Madame Uber, mais sa vie étriquée n'a rien d'un choix. Un jour, en ouvrant la porte à son livreur, il lui glisse une phrase banale mais assez percutante pour l'interpeller. Portée par un élan inattendu, Talia décide alors de se challenger, pas après pas, et de renouer avec le monde extérieur. Reste à savoir si elle parviendra à renaitre et à se frayer une place dans ce monde qu'elle avait mis de côté.
Dans ce court roman, j'ai découvert Talia, une jeune femme écrivaine isolée, coupée physiquement de l'extérieur. À travers ses confessions, qui donnent l'impression d'être plongé dans son esprit, j'ai compris qu'elle souffrait d'anxiété et sans doute d'agoraphobie. Elle ne sort plus de chez elle depuis des semaines, voire des mois. Cette fermeture progressive sur elle-même a une incidence sur ses relations sociales qui s'étiolent : elle ne voit plus son amie Camille pourtant discrètement présente et bienveillante ; son éditrice ne lui fait que quelques mails laconiques mais soutenants... Son seul véritable contact avec extérieur reste le livreur qui lui apporte tout ce dont elle a besoin. Ressentant probablement son malaise, il lui adresse quelques phrases simples mais justes, qui résonnent en elle et la poussent à réfléchir. Cette étincelle l'amène à se challenger. J'ai alors pu voir l'évolution de Talia durant quelques semaines.
Plongée dans les méandres de Talia, j'ai eu la sensation d'étouffer dans son quotidien confortable mais vide de tout. Ce manque, la jeune femme ne semble pas en souffrir au départ, elle parait s'être écartée volontairement et progressivement du monde qui l'entoure... et qui l'entourne. Dans une société où tout va vite, son logement peut sembler un bon refuge. Il est réconfortant, sécurisant, un endroit loin du bruit, de l'agitation. Avec les nouvelles technologies, il est tellement simple de vivre sans avoir à sortir. Mais il y a des limites aussi et une souffrance masquée qui surgit à un moment. Lorsque Talia se décide à agir, j'ai pu observer se poser ses petits objectifs, célébrer ses réussites. J'ai eu l'impression de la voir s'illuminer au fil des jours. L'espoir renait chez elle, comme si elle reprenait confiance en la vie et cela donne envie de la voir encore plus loin.
Tout en douceur, ce roman est porté par une histoire touchante et une héroïne attachante. Sa fragilité donne envie de l'accompagner dans sa renaissance. Avec un rythme lent, le récit est très immersif et intime ce qui donne l'impression d'être réellement dans la tête de Talia. Ainsi à ses côtés, j'ai ressenti ses émotions, ses hésitations et ses joies. Si l'on ne connait pas les origines du mal-être de Talia, cela aurait été intéressant d'en savoir davantage sur l'issue : ce que la jeune femme devient, si elle parvient à se rétablir avec l'appui de professionnels. Sur la forme, l'écriture m'a semblé un peu simple, parfois redondante, avec des répétitions de mots ou d'expressions. Par exemple, les comparaisons du type "comme si..." ou "comme on..." reviennent un peu trop souvent (notamment au début) et cela casse un peu la fluidité. À part cela, la plume de Nathalie Capelat est plaisante à lire.
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