
Résumé
Le voisin est un être râleur, intolérant et, dans le pire des cas, aigri : c’est un fait avéré et bien connu de tous. Le nouveau voisin de Sylvie, lui, est un spécimen particulièrement désagréable. Resté à l’état sauvage, cet individu n’a visiblement jamais appris les bases élémentaires de tout être civilisé. Déjà, il communique avec elle par lettres alors qu’un seul étage les sépare. Ensuite, il la traite de pachyderme et propose de lui offrir en cadeau de bienvenue... une paire de charentaises. Ça tombe bien, car Sylvie n’est pas vraiment une voisine comme les autres elle non plus...
Extrait
"Chère voisine du sixième,
Tout d’abord, je tenais à vous souhaiter la bienvenue dans notre bel immeuble. J’ai été navré d’apprendre la mort de Mme André, la locataire précédente. En même temps, je n’en ai pas été vraiment étonné. Après tout, elle avait plus de 90 ans, elle était sourde comme un pot et ne supportait plus personne... J’espère seulement que vos propriétaires ont réussi à se débarrasser de l’odeur, car, moi-même, j’en ai été un peu indisposé. Vous a-t-on dit que cette charmante dame avait été retrouvée assise devant sa télévision une semaine après son décès ? J’ai ouï-dire qu’elle avait été à moitié dévorée par ses chats, pourtant personne n’a retrouvé les pauvres bêtes. Peut-être errent-elles encore désespérément à la recherche de leur maîtresse adorée. Avez-vous été importunée par des
miaulements venant de vos murs ou de vos placards ?
Je me permets également de vous remercier pour avoir monopolisé l’ascenseur pendant la journée qu’a duré votre déménagement. Je n’imaginais pas qu’on puisse avoir besoin d’autant de choses pour meubler un deux pièces.
J’aurais aimé, comme c’est la coutume, vous offrir une jolie plante verte pour votre nouvel intérieur, mais je crois qu’une paire de chaussons serait plus opportune. Si seulement j’avais votre pointure, vous pourriez les enfiler en lieu et place de vos talons aiguilles qui, en plus de rayer votre parquet, m’empêchent de trouver le sommeil. Je me plais à vous imaginer devenir danseuse étoile et acquérir ainsi une démarche aérienne, car pour le moment, même perchée sur des hauts talons, vous m’évoquez un pachyderme avec un boulet au pied.
En espérant que cette lettre vous rappellera que vous ne vivez pas seule dans cet immeuble, je vous renouvelle mes vœux de bienvenue au 26, rue des Dames.
Cordialement,
Votre voisin du dessous"
Mon avis
Fraîchement installée dans l’immeuble, Sylvie découvre un matin une lettre inattendue : son voisin du dessous s’y plaint du bruit de ses talons - avec une plume romanesque. Peu encline à se laisser sermonner, elle lui répond avec la même verve, mêlant piquant et humour. Ainsi commence une correspondance délicieusement impertinente. Sans jamais se rencontrer, ils tissent peu à peu un lien singulier : amitié naissante, complicité troublante, peut‑être davantage ?... Troublés plus qu'ils ne veulent l'admettre, leurs egos respectifs pourraient les empêcher de vivre la belle histoire qui se dessine entre eux.
Dans ce roman, j’ai fait la connaissance de Sylvie, une femme pleine de vie, lumineuse et joviale... du moins en façade. Sous cette légèreté se cachent des blessures plus anciennes qu’elle dévoile avec pudeur au fil des pages. Elle s’entoure de quelques ami(e)s (et plus si affinités) qui rythment son quotidien. Sa relation épistolaire avec Henri devient pour elle un miroir, un révélateur de sa situation et de ses désirs. Henri, lui, est un séducteur gentleman, un écrivain discret qui chérit le calme de sa résidence. L’arrivée de Sylvie perturbe sa tranquillité, sa lettre se voulait un recadrage élégant mais ferme. Mais la répartie vive et malicieuse de sa voisine pique aussitôt sa curiosité. Entouré principalement de femmes (son éditrice, ses conquêtes régulières), il peut aussi compter sur Armand, son ami loyal et toujours prêt à lui offrir un conseil avisé. Ensemble, ces protagonistes forment un duo attachant, drôle et profondément touchant.
Dans une ambiance légère et amusante, l’intrigue m’a entraînée aux côtés des habitants des appartements 5B et 6B de ce petit immeuble. Entre fous rires, situations cocasses et réflexions plus profondes, j’ai savouré ma lecture dans un pêle-mêle d'émotions. Jusqu’au bout, je me suis demandé si ce récit glisserait vers une histoire d’amour ou s’il choisirait la douceur d’une belle amitié. Quelques rebondissements viennent ponctuer le tout, apportant leur lot de doute et de piquant. Quant au dénouement, il offre une satisfaction entière, enrichi d’un épilogue qui dévoile des informations à la fois touchantes et pleines de sens.
J’ai passé un excellent moment en compagnie de Sylvie et Henri, éternels chiens et chats. J’ai particulièrement aimé le début, lorsque les auteures brouillent volontairement les pistes : impossible de me représenter clairement chacun d’eux, comme si Fanny Bernard et Laure Allard‑d’Adesky m’invitaient à partager l’incertitude des protagonistes. J’ai alors échafaudé mes propres hypothèses sur leur apparence, leur âge, leur situation.
Le récit, construit à la troisième personne, glisse avec finesse de Sylvie à Henri, tout en s’enrichissant de leurs lettres, un procédé très prenant. Au fil des échanges, le voile se lève lentement, révélant leurs nuances et leurs fragilités. Tel un observateur passant d’un appartement à l’autre, je me suis amusée à les voir évoluer au gré des péripéties.
Sous son humour pétillant, le roman recèle une grande tendresse et aborde aussi des thèmes plus graves avec délicatesse. Chargées d’émotions, les plumes réunies de Fanny Bernard et Laure Allard‑d’Adesky se marient à merveille.
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