"La mère de famille" de Valérie Keogh

Résumé
En apparence, Sarah a une vie parfaite. Elle adore son travail de médecin et vit dans un bel appartement avec un mari idéal. Nick est beau, dévoué et gentil... Pourtant, Sarah n’est pas heureuse. Elle a peur que leur récent mariage soit une très grosse erreur.
Alors, quand Nick lui propose de faire un bébé, Sarah se dit que c’est la chance de donner un second souffle à leur couple. Mais, lorsque l’enfant arrive, le déclic ne vient pas et elle a du mal à assumer son rôle de mère. Pire, elle ne ressent aucun amour pour sa fille.
Son ressentiment envers Nick grandit et Sarah se sent prise au piège d’une vie qu’elle n’aime pas. Et puis, un jour, le bébé disparaît... Tous les regards se braquent alors sur Sarah. Mais elle n’aurait jamais pu faire de mal à sa précieuse fille... n’est-ce pas ?

Extrait
"En prison, avec le lent tic-tac des minutes qui s'égrènent, les journées qui s'éternisent et les semaines moroses, on a le temps de penser. Et moi, j'avais eu beaucoup de temps : des années entières où j'avais pu repenser à chaque acte, à chaque mot et m'interroger sur ce que j'aurais pu faire différemment.
Le temps aussi de me demander s'il ne valait pas mieux, comme disait le proverbe, avoir aimé et tout perdre plutôt que de n'avoir jamais aimé du tout.
Un dicton stupide, cité par des imbéciles qui ne comprennent rien à rien.
Ils ne savent pas de quoi ils parlent. Car lorsque l'on aime réellement quelqu'un, on ne l'abandonne jamais - jamais - puisque le perdre serait insupportable.
Vaudrait-il mieux n'avoir jamais aimé ?
Non, car en ces jours sombres, c'est le souvenir de cet amour qui m'empêche de m'effondrer.
J'étais coupable de trop aimer, d'autres l'étaient de n'avoir jamais aimé du tout.
Et chaque extrême, à sa manière, conduisait au désastre.
Et au meurtre."

Mon avis
Angleterre. Sarah et Nick forment un couple que l’on croit heureux, mais derrière les sourires, la jeune femme est rongée par des doutes sur ses choix de vie. Lorsque l’occasion d’avoir un enfant se présente, elle accepte, presque par réflexe, espérant que la maternité comblera cette sensation de mal-être. Pourtant, l'arrivée de la petite Kaya n'apaise rien. Sarah ne se sent ni plus épanouie ni plus sereine ; elle se demande si le problème ne vient pas d’elle. Lors d’un week-end à la campagne, tout bascule : leur bébé de quelques semaines disparaît. Que s'est‑il passé ? Où est Kaya ? Et surtout, qui pourrait vouloir du mal à ce couple déjà fragilisé ? À moins que le mal ne soit déjà sous leur toit ?

Dans ce roman, j’ai découvert Sarah, médecin généraliste récemment mariée à Nick. Leur histoire s’est construite trop vite : encore meurtrie par une rupture, Sarah s’est laissée convaincre par cet homme fou amoureux, sans vraiment prendre le temps de réfléchir. Avec un peu de recul, elle s’interroge désormais sur son quotidien, cédant souvent à l'alcool pour apaiser ses doutes. Bienveillant, Nick se révèle également possessif, peut-être trop parfois. Il veut rendre Sarah heureuse à tout prix. Perdue, la jeune femme trouve du réconfort auprès de son amie Jade, toujours prête à la soutenir. Après la disparition de la petite Kaya, l’enquête mobilise plusieurs policiers dont Zoe‑Lee O’Farell, figure récurrente qui accompagne le couple (et le lecteur) tout au long de la recherche. Les protagonistes, ambivalents, se révèlent difficiles à cerner : tour à tour, Sarah et Nick donnent des raisons de les détester, brouillant les repères. On ne sait plus vraiment à qui accorder sa confiance.

Captivante, l'intrigue avance avec une lenteur insidieuse. Elle se concentre sur le couple, alors que Sarah traverse une profonde remise en question. Ses souvenirs laissent entrevoir un Nick trop possessif, presque obsessionnel. Serait‑il un pervers narcissique ? Peu à peu, pourtant, le regard se déplace : j'ai découvert Sarah sous un autre jour, centrée sur elle‑même, encline à boire et à rechercher la solitude. Difficile alors de savoir lequel des deux est le plus à plaindre. L'arrivée de Kaya fait figure de trêve, même si les tensions subsistent. Puis survient la disparition inattendue du bébé : un événement dramatique qui est plus complexe que ce que le couple veut bien laisser croire. La police remet tout en question, s'attachant à tous les détails. Avec un sentiment d'urgence, tout se brouille ; les drames s'enchaînent. Dans une atmosphère de plus en plus oppressante, tout est remis en perspective et les connexions se font progressivement. Après des investigations minutieuses, les révélations tombent enfin, apportant des réponses à toutes les interrogations et offrant une série de rebondissements particulièrement satisfaisants.

J’ai adoré ce thriller qui m’a entraînée dans les méandres d’un couple, et plus particulièrement dans celles de Sarah. Partagée entre compassion et doute, je me suis interrogée sur sa sincérité, sa stabilité mentale et son rôle dans les événements qui se succèdent. Nick, lui aussi, m’a paru étrange par moments, au point de me pousser à envisager plusieurs hypothèses. J'ai apprécié le suspense omniprésent entretenu par une narration portée par les protagonistes mais aussi un mystérieux anonyme. Avec une construction judicieuse, l’auteure distille les informations avec justesse, ne révélant que l’essentiel au bon moment, ce qui tient en haleine et relance la réflexion. Si j’avais deviné une partie du scénario, il me manquait pourtant des pièces pour saisir l'ensemble. Les ultimes confidences éclairent les zones d’ombre et permettent de comprendre chaque rouage. L’atmosphère, oppressante et inquiétante, enveloppe le récit comme un voile, donnant l’impression de suivre un téléfilm prenant. J’ai ressenti les émotions parfois intenses des personnages, leurs failles, leurs contradictions. Incisive et subtile, la plume de Valérie Keogh est très agréable à lire.

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