
Résumé
Premier jour de l’avent. La canicule frappe le sud de la France. Louis passe une vie paisible dans son studio avec sa chienne Bingo. Un emploi stable, des projets de vie de famille, rien ne semble pouvoir troubler son bonheur. Pas même la tentative de morsure de « Freddy », le mendiant aux ongles longs sur le parking d’un supermarché, ni même l’horrible vision de l’accident de voiture sur son trajet quotidien.
Mais les coups frappés à sa porte au milieu de la nuit vont bouleverser ses convictions et le propulser au sein même de l’horreur.
Épidémie ? Arme chimique ? Pourquoi les hommes deviennent-ils... enragés ?
Extrait
"Louis observa quelques instants le SDF grommeler des bribes de mots, un langage propre aux hommes saouls des rues, puis fouilla dans la poche intérieure de sa veste et en sortit la pièce d'un euro utilisée pour débloquer le caddie.
[...]
Il s'approcha de l'homme et se pencha vers lui. De la bave coulait aux commissures de ses lèvres et ses yeux regardaient au loin d'un air béat. Des yeux de dingue, de shooté. Louis posa une main sur son épaule et lui montra la pièce. Freddy n'y prêta aucune attention.
[...]
Le mendiant restait immobile, les yeux concentrés sur un point invisible à l'horizon. Ses pupilles, dilatées à l'extrême, laissaient entrevoir une cornée parcourue de vaisseaux éclatés. Des yeux ronds et vides, bordés de rouge.
[...]
Qu'est-ce qu'il a... pensa-t-il au moment où l'homme lui saisissait le poignet. Louis sursauta et poussa un petit cri, surpris par ce geste inattendu.
[...]
- Merde mec, tu fais quoi là ?
Et soudain, avec horreur, il comprit. Il comprit pourquoi Freddy forçait pour attirer son poignet vers son visage, pourquoi s'ouvrait sa bouche pleine de chicots jaunes gâtés par l'alcool. Par instinct, il retira son bras. Au même moment, les mâchoires de Freddy se refermèrent dans le vide, là où quelques instants auparavant se trouvait sa main."
Mon avis
Décembre, France. Le dérèglement climatique détraque les saisons et étouffe le pays sous une chaleur d’été. Dans cette atmosphère déjà irréelle, un phénomène inquiétant surgit : un mal fulgurant se propage, renversant l’humanité en quelques jours. Retranchés chez eux, Louis et Lucas, soudain coupés du monde, observent l’effondrement depuis leurs fenêtres, tentant de comprendre ce qui ronge la civilisation. Mais lorsque les vivres viennent à manquer et que le silence devient trop lourd, une évidence s’impose : il va falloir sortir. Qu'est-ce qui les attend dehors ?
Dans ce roman, j’ai fait la connaissance de Louis, un jeune homme discret qui partage un petit logement avec son chien et envisage un bel avenir aux côtés de Clara, sa petite amie. Cette tranquillité vacille lorsqu’il est confronté à l’horreur : depuis sa fenêtre, il voit la population basculer dans une folie contagieuse, des enragés qui se comportent comme de véritables zombies. Lucas, lui, n’a que vingt ans. En route pour une compétition de tir, il renverse un homme qui, loin de chercher de l’aide, tente de le tuer avec une détermination glaçante. Terrifié mais réactif, Lucas parvient à s’échapper et se réfugie chez son oncle, dans une maison à la sortie de la ville. Quelques heures plus tard, les dernières bribes d’informations s’éteignent dans un black‑out total. Tout oppose Louis et Lucas : l’un est sensible, réfléchi, presque fragile ; l’autre est impulsif, dur, instinctif, sans émotions. Pourtant, livrés à eux‑mêmes dans un monde qui s’effondre, ils devront puiser dans leurs forces les plus profondes s’ils veulent survivre.
Entraînante, l’intrigue débute au jour 0, lorsque Louis rentre tranquillement de ses courses. La nuit suivante, des bruits étranges déchirent le silence : des coups contre sa porte, des grognements, des éclats de voix. Ce qui ressemble d’abord à une altercation se révèle être une véritable attaque, laissant Louis pétrifié, presque en état de choc. Sans comprendre encore l’ampleur du phénomène, il sent que quelque chose de grave est en train de se produire. Retranché chez lui avec son chien, apeuré et inquiet, il tente de subsister en se faisant discret, mais le manque de nourriture finit par l’obliger à sortir. C’est alors qu’il croise Lucas, venu en ville pour se procurer des munitions. Débrouillard, doté d’un instinct de chasseur, Lucas contraste avec Louis, plus réfléchi et hésitant. Ensemble, ils affrontent l’impensable dans un décor chaotique où chaque pas peut être le dernier. Après une succession de péripéties haletantes, le dénouement s'avère satisfaisant ; le final laisse planer un suspense qui maintient le lecteur dans l'expectative.
J’ai beaucoup apprécié ce roman dystopique qui n'est pas sans rappeler The Walking Dead. Il s'inspire de préoccupations très actuelles : dérèglement climatique, pollution, catastrophes naturelles, propagation de virus et fragilité de nos modes de vie. Incisif et dynamique, le récit suit Louis et Lucas en s’appuyant sur une temporalité précise (Jour 0, Jour 1, etc.) qui rythme l'histoire, maintient la tension et l'angoisse. Pesante, l'atmosphère ajoute une sensation d'étouffement, d'oppression qui m'a fait vivre les événements aux côtés des personnages. La narration alterne entre leurs deux points de vue, offrant un regard croisé sur la catastrophe et permettant de frissonner avec eux. Dans ces circonstances extrêmes, impossible de ne pas réfléchir à la légèreté de la vie qui peut s’effondrer en un instant. Agréable à lire, la plume de Pierre Gaulon se révèle immersive et efficace, captivant l’attention du lecteur jusqu’à la dernière page.
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De cet auteur, j'ai aussi lu : La botaniste.
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