"Déconnexion" d'Arnaud Codeville

Résumé
Pour clore en beauté l’aventure de leur chaîne YouTube, Mélanie et Martin s’apprêtent à tourner une dernière vidéo avant de changer de vie : la jeune femme est enceinte.
Un abonné leur a transmis les coordonnées d’un parc d’attractions abandonné qui ne figure sur aucune carte.
Le final parfait...
Jusqu’à ce que l’endroit se révèle bien plus qu’un simple décor.

Extrait
"Une départementale isolée s'enfonçait au cœur d'un massif forestier qui semblait s'étendre à perte de vue. Les chênes et les châtaigniers formaient une voûte compacte, déjà piquetée d'ocre et de cuivre, d'où émergeaient çà et là les silhouettes plus sombres des sapins. Par endroits, la route disparaissait dans un virage serré, happé par les collines couvertes de bruyères et de fougères roussies, avant de réapparaitre plus loin comme un fil d'asphalte obscur s'ouvraient parfois, laissant entrevoir un muret mangé de mousse, la carcasse d'une grange effondrée ou un champ à l'abandon où subsistait encore quelques piquets rongés par le temps.
Au milieu de ce silence sylvain, un drone fusait, virevoltait dans un bourdonnement assourdissant. Il effleurait les cimes des sapins qui ployaient sous son souffle et arrachait à chaque passage un frisson d'aiguilles vert profond. Ses hélices mordaient le vent et à chaque piqué des volutes de poussière et de feuilles sèches tournoyaient brièvement avant de retomber dans le silence de la forêt."

Mon avis
Un couple de youtubeurs s’apprête à tourner une nouvelle vidéo d’urbex. Après plusieurs années d’exploration, ils ont décidé que cette sortie serait leur ultime aventure avant de changer de vie. Le parc d’attractions abandonné qui leur a été suggéré semble idéal : vaste, mystérieux, presque intact. Mais très vite, des phénomènes étranges troublent leur progression. L’inquiétude monte, la tension s’installe, et lorsqu’ils tentent de repartir, ils découvrent qu’il est déjà trop tard.

Dans ce roman, j’ai découvert Mélanie et Martin, un couple de créateurs spécialisés dans l’urbex. Depuis des années, ils sillonnent le pays pour explorer des lieux oubliés avec leur caméra et partager leurs découvertes avec une communauté fidèle. Mélanie, réfléchie et sensible, apporte un regard attentif sur chaque endroit qu’ils visitent, tandis que Martin, plus spontané et téméraire, insuffle l’énergie qui fait vibrer leurs vidéos. Bien qu’ils restent passionnés par cette activité, ils aspirent désormais à une existence plus apaisée, loin du rythme effréné des explorations. Leur complicité est évidente : soudés, amoureux, ils se soutiennent complètement. Je me suis attachée à ce duo, seuls protagonistes du récit.

Dans une sorte de huis clos à ciel ouvert, j’ai suivi le jeune couple tandis qu’il s’aventurait d’abord autour du parc d’attractions en ruine, puis dans ses entrailles silencieuses. Caméra en main, Martin mène l’exploration avec son enthousiasme habituel, déterminé à saisir chaque détail, chaque frisson. Mais cette fois, ce qu’il capture dépasse tout ce qu’ils ont connu. En effet, un décalage étrange apparaît entre l’image filmée et la réalité qu’ils ont sous les yeux. À mesure que l’atmosphère s’assombrit, une tension sourde s’installe. Les deux explorateurs, d’abord intrigués, deviennent nerveux, presque fébriles. Les questions se bousculent : que signifient ces visions ? S’agit‑il de souvenirs, d’un glissement temporel, ou de quelque chose de plus inquiétant encore ? Leur peur grandit au rythme des phénomènes qui se multiplient, jusqu’à un dénouement qui apporte des réponses... tout en laissant planer une ombre de mystère.

Globalement, j’ai apprécié ce court roman qui m’a plongée au plus près de Mélanie et Martin. Cette proximité crée une immersion immédiate : on avance avec eux, on partage leurs doutes, leurs frissons, leurs décisions. Grâce aux descriptions précises, les lieux prennent forme avec netteté, ce qui permet de se projeter avec facilité. À cela s’ajoute une atmosphère oppressante, savamment distillée, qui amène une tension constante et intense. Portée par un rythme soutenu et une angoisse qui monte crescendo, l’histoire m’a entraînée. J’ai élaboré mes propres hypothèses, imaginé de potentiels événements et l'issue. La plume d’Arnaud Codeville, toujours aussi soignée, se distingue par sa capacité à mêler réalisme et surréalisme, créant des univers où l’étrange s’invite dans le quotidien avec fluidité.

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